Révolution ou guerre n°8

(Semestriel - Septembre 2017)

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Sur les réels positionnements politiques de classe du mouvement Interventionistische Linke en Allemagne et sur la mouvance “ black-block ” et “ antifa ” en général...

Il y a un peu moins d’un an, un camarade a pris contact avec notre groupe se prononçant en accord avec nos positions programmatiques et désirant participer à nos activités. Outre une rencontre physique, une correspondance s’est développée qui a révélé, selon nous, des différences d’approche et de compréhension des concepts et catégories, des mots et du langage “ marxistes ”, que nous utilisions. En particulier, la confusion est apparue à propos de la mouvance radicale type “ black-block ” ou “ gauche radicale ” et, en particulier, à propos d’un groupe allemand Interventionistiche Linke. Notre camarade pense que la démarche de ce groupe (ou mouvement) est compatible avec la Gauche communiste internationale et ses positions.

Au vu de l’influence croissante que cette mouvance politique dite radicale semble prendre sur une partie non-négligeable de jeunes (et moins jeunes) sincèrement révoltés et cherchant une voie de rupture avec le capitalisme, il nous semble important de rendre publique notre correspondance avec le camarade et notre propre réflexion.

Lettre du camarade Dusan Samuel

Chers camarades,
(...)
Ma réflexion s’est poursuivie, et a été alimentée par un séjour en Allemagne et des rencontres avec la gauche allemande. En effet, je suis toujours en accord avec l’orientation et les positions du groupe, et ceci en particulier d’un point de vue de l’affiliation historique, et de la constance des positions communistes de gauche au sein du mouvement communiste. Pourtant, sur la base de ces constats, j’en suis arrivé à la conclusion que l’essentiel devait consister maintenant à construire une convergence de la gauche radicale dans son ensemble sur une base ’extraparlementariste’. Il ne faut pas entendre nécessairement ici ’antiparlementariste’, quoiqu’il est évident que certaines analyses et positions vont se situer nécessairement en opposition à la pratique politique bourgeoise. Je suis donc convaincu que le seul instrument viable dont nous devons nous doter est une ’plateforme’ des différentes tendances de gauche radicale qui soit en mesure de pouvoir intervenir efficacement dans l’espace public, être visible et et se donner les moyens pour disputer l’hégémonie à la classe dominante. Cette réflexion est nourrie par la démarche faite par la "gauche interventionniste allemande" (Interventionistische Linke) qui a réussi cet exploit de pouvoir réunir autour d’événements politiques de lutte différents groupes, qui tous contribuent selon leurs méthodes et leurs forces militantes, à la véritable émergence d’un contre-pouvoir extraparlementaire. Je suis intéressé par la manière dont vous percevez cette démarche. 
Si donc, fondamentalement je me reconnais dans les positions de la gauche communiste, ce que j’appelle pompeusement "l’impératif hypothétique de raison stratégique" vient, dans le développement de ma réflexion, de prendre le dessus. Par conséquent, pour répondre aux interrogations quant à la nature de mon engagement auprès de vous, il me semble qu’il est possible d’affirmer que j’adhère formellement au groupe par une activité de sympathisant actif, bien que la volonté politique que je viens de formuler peut être comprise comme "une définition politique différente mais restant sur le terrain de classe". Je ne pense pas qu’il y ait là un "désaccord de classe", quoique je ne suis pas certain de ce que recouvre ce terme.
C’est bien dans la perspective que vous décrivez dans votre dernier courrier « Aucune règle organisationnelle “ de parti ”, encore moins une quelconque “ discipline de parti ”, ne peuvent répondre à un affaiblissement de la conviction militante sinon la capacité de l’organisation, du corps collectif, cercle, groupe, organisation, parti, camp prolétarien comme un tout, pour maintenir une vie politique interne effective. » que ma réflexion se situe, de telle sorte que je ne pense pas contradictoire avec les exigences liées à l’affaiblissement de la ’conviction militante’, la conclusion à laquelle j’aboutis. Encore une fois, votre position sur ce point enrichirait ma réflexion.
(...)
Amicalement,

16 mai 2017, Dusan Samuel

Notre réponse au camarade DS

Le GIGC au camarade Dusan Samuel,
Cher camarade,
Nous nous sommes aperçus récemment (après les manifestations anti-G20 d’Hambourg) qu’Interventionistische Linke (IL), avait traduit quelques textes en anglais, français et même un en italien. Cela nous permet donc de te donner une première appréciation politique sans attendre plus longtemps une traduction de l’allemand et de te fournir, nous l’espérons, quelques éléments de réflexion critique. Notre réponse se base essentiellement sur les textes suivants : l’appel de juin dernier à la participation aux manifestations anti-G20 à Hambourg No complacency in the face of the injustice and irrationality of war [1] ; de celui à la manifestation du 1e mai 2016 Berlin, Let Us begin the Offensive, Get Ready for May day ; d’un texte en français Pour une fin de la tristesse [2] qui annonce la constitution du groupe d’IL à Berlin en septembre 2015 ; et de No Submission. An Answer to Paris Lies in Athens [3] après les attentats de Charlie Hebdo à Paris et juste avant la victoire électorale de Syriza en Grèce.

En premier lieu, l’appréciation politique différente que nous tirons d’IL par rapport à la tienne vient confirmer une des conclusions que nous tirions de notre rencontre de février dernier : « cette première discussion a révélé des compréhensions et des approches différentes des positions et principes politiques » (CR de notre discussion du 6 février 2017) entre nous. Ce premier constat nous oblige au débat et à la clarification des positions et concepts politiques que nous utilisons en commun mais qui recouvrent des compréhensions et approches politiques différentes. Plus généralement, la question que tu soulèves à propos de la gauche radicale nous apparaît d’autant plus importante à traiter car nous nous sommes retrouvés confrontés à elle, ou du moins à une de ses variantes lors des manifestations contre la loi El Khomri et dernièrement dans l’entre-deux tours des élections présidentielles françaises. Les “ têtes de cortège ” furent en grande partie animées par des “ jeunes ” (souvent présentés par la presse comme “ black-blocs ”), pas uniquement, privilégiant les affrontements violents avec les flics et plus largement une forme de “ radicalité ” politique affichée sur des banderoles ou criée dans des slogans anti-capitalistes, révolutionnaires, communistes, etc. ; et y compris dans l’entre-deux tours des élections présidentielles françaises avec le slogan “ ni Macron, ni Le Pen, ni banquier, ni facho ” semblant rejoindre, du moins à première vue, la position politique abstentionniste défendue par la Gauche communiste. Cette mouvance reste à ce jour, du moins sur Paris, assez “ fermée ” [4] et surtout assez rétive à tout débat sérieux d’ordre politique et théorique étant plutôt encline, pour ce que nous avons pu en voir, à l’activisme de rue soit-disant “ radical ” [5]. Néanmoins, ce constat immédiat sur ces mouvements n’enlève rien à notre appréciation politique sur les manifestations de rue contre la loi El Khomri (cf. Réflexions et bilan sur la lutte ouvrière en France du printemps 2016 [6], Révolution ou Guerre #6) qui ont exprimé un moment important du combat de classe dans ce pays.

1) Interventionistische Linke et la Gauche communiste

Que nous révèlent les textes que nous avons pu lire ? La déclaration de constitution du groupe de Berlin Pour une fin de tristesse, défend qu’ « il ne suffit pas de rendre le Black Block un peu plus coloré. Nous voulons contribuer à la construction d’une gauche sociale radicale qui aide à amener de réels changements sociaux et qui dans le même temps soit à nouveau capable de mettre concrètement en question la société post-capitaliste. (…). Nous voulons une gauche radicale orientée vers la rupture révolutionnaire avec le capitalisme national et mondial, avec la puissance de l’État bourgeois et avec toutes les formes d’oppression, de privation et de discrimination. En bref, nous voulons une nouvelle gauche sociale radicale, qui se bat contre l’hégémonie politique et s’organise en contre-pouvoir. (…) Afin de jouer notre rôle dans la lutte pour l’hégémonie sociale d’un bloc de gauche, nous nous concentrons sur ces grandes alliances qui créent des expériences sociales et des réussites politiques, sans politique de dominance et avec honnêteté envers nos partenaire politiques ».

La référence au Black Block permet à tout lecteur de situer dans quelle mouvance politique IL entend s’inscrire. Par contre, les termes de “ gauche sociale radicale ”, de “ société post-capitaliste ”, de se battre “ contre l’hégémonie politique et [d’organiser un] contre-pouvoir ” sont en apparence beaucoup plus vagues et généraux pour la plupart même si tout lecteur a minima sérieux peut comprendre que “ la concentration sur de grandes alliances pour un bloc de gauche ” vise à constituer une sorte de… front uni de toutes les organisations ou mouvements de la gauche dite radicale (sans préciser le champs de celle-ci… jusqu’aux staliniens, Die Linke, les trotskistes… ?). On peut déjà constater que les termes ou catégories utilisés sont très vagues et qu’ils se différencient des catégories beaucoup plus précises utilisées par le mouvement ouvrier et plus particulièrement par le mouvement communiste qui renvoient toujours à la contradiction capital-travail ou encore bourgeoisie-prolétariat, c’est-à-dire à la lutte des classes et à l’histoire du mouvement ouvrier.

Sur le plan “ programmatique ”, cette déclaration de “ bonne intention ” révolutionnaire reste fondamentalement, du point de vue prolétarien et communiste, dans le cadre du capitalisme (certains la qualifieraient de “ réformiste ”). En effet, elle est du même ordre que toute déclaration un tant soit peu “ radicale ” de la gauche capitaliste classique. Par exemple, elle est même en-deçà du point de vue de la “ radicalité ” du discours programme de Mitterrand au congrès de 1971 du Parti socialiste français (réponse de “ gauche radicale ” bourgeoise après la grève massive de mai 1968) qui appelait de manière plus directe encore à la “ rupture avec le capitalisme ” et à “ la prise du pouvoir ” qu’on peut relire avec intérêt [7].

Mais il convient de vérifier l’application concrète de ces déclarations de “ bonnes intentions révolutionnaires ” sur le terrain même de la lutte des classes, c’est-à-dire en terme de positions, d’orientations et d’activité politiques réelles. Et là le constat est sans appel :

« Nous exprimerons notre critique radicale du G20 et du capitalisme global mais spécialement nos liens avec la lutte kurde pour la liberté à Rojava (…) où nos camarades kurdes et internationaux luttent contre l’ISIS » [“ We will express our radical critique of the G20 and of global capitalism, but especially our ties to the Kurdish struggle for freedom in Rojava (...) where our Kurdish and international comrades fight against ISIS ”] (Appel à la manifestation anti-G20). Sous couvert de soi-disant critique radicale du G20 et du capitalisme (pourquoi global ?), dans la foulée de nombreux trotskistes et anarchistes toujours à la recherche de nouvelles brigades internationales anti-fascistes depuis l’Espagne 1936, IL appelle à appuyer les forces kurdes nationalistes de Rojava qui participent à une guerre impérialiste (qu’elle soit “ locale ” ne change rien à sa qualité “ impérialiste ”) aux côtés… des forces armées américaines et européennes ; c’est-à-dire qu’IL appelle à participer à la guerre impérialiste et s’oppose à l’internationalisme prolétarien.

« Syriza fait des élections du 25 janvier un véritable référendum. Dans ce sens, Syriza et Podemos sont des signaux des aspirations sociales qui ont écrit l’histoire dans le mouvement des indignés en Espagne et sur la place Syntagma au coeur d’Athènes (…). Voter pour Syriza, c’est parier sur le renvoi du pouvoir des partis grecs de l’ordre et éliminer le fascisme d’Aube Dorée » (No submission..., janvier 2015). Au lieu de voir que l’apparition de Syriza et Podemos sont des expressions politiques dont la soi-disant radicalité de gauche ne vise qu’à maintenir le mécontentement et les luttes ouvrières sur le terrain bourgeois et de l’État capitaliste et dont le caractère de classe anti-prolétarien est à dénoncer, IL les salue au contraire comme des pas en avant… à l’image des gauchistes trotskistes ou anarchistes “ classiques ” et appelle à voter Syriza (et Podemos aussi sans doute).

« Nous recueillons des signatures en vue de référendums [et nous] menons un travail antifasciste dans les quartiers » (déclaration de constitution du groupe de Berlin). IL ne rejette aucunement la participation électorale et combat sur le terrain de l’antifascisme. Ainsi, IL apporte son crédit “ radical ” à la démocratie bourgeoise et se soumet, s’il ne participe pas activement, aux tempo (par exemple les périodes électorales) et thèmes idéologiques (défense de la démocratie contre les “ populismes ” d’extrême droite) dictés et lancés par la bourgeoisie, son personnel politique, ses forces de gauche et ses médias.

Conclusion : Interventionistischte Linke soutient une lutte de libération nationale (kurde) ; appelle à participer à une guerre impérialiste et aux élections ; affiche un frontisme avec les forces dites de “ gauche ” ; se proclame anti-fasciste ; et pratique un activisme de type gauchiste voulant se substituer au mouvement même du prolétariat [8]… Or, et contrairement à ce que tu sembles croire, tous ces points sont rejetés et dénoncés par la Gauche communiste dans son ensemble, pas seulement par la Gauche dite “ italienne ”, suite à ses combats contre la dégénérescence de l’Internationale communiste, contre le stalinisme, le trotskisme et l’anarchisme dans les années 1920 et 1930 jusqu’à nos jours. C’est dire que, dans la réalité de la lutte des classes, les positions d’IL se situent dans le camp bourgeois et capitaliste et non dans le camp prolétarien et communiste et cela quels que soient la sincérité et le dévouement révolutionnaire des individus adhérant au mouvement.

Affiche d’Interventionistische Linke


Es lebe die Befreiung von Kobane ! Vive la libération de Kobane !

L’article qui accompagne cette photo se termine par « Vive la solidarité internationale ! Nous saluons les combattantes et combattants des forces d’autodéfense kurdes ! »
(http://www.interventionistische-linke.org/beitrag/biji-berxwedana-kobane-es-lebe-der-widerstand-von-kobane.)

2) Nécessité de la plus grande rigueur théorique et politique

Du point de vue communiste et du prolétariat révolutionnaire, la première “ radicalité ” qui vaille est la rigueur théorique et programmatique ; ou plus modestement et pour dire le vrai, du moins pour nous-mêmes, la recherche de la plus grande rigueur théorique et programmatique. Le confusionnisme et l’éclectisme théoriques et politiques, aussi radicaux puissent-t-ils s’afficher, et surtout s’ils se présentent sous un tel jour, présentent un grand danger pour les révolutionnaires et pour le prolétariat. L’expérience historique l’a largement prouvé [9]. De plus, aujourd’hui, et nous l’avons aussi vérifié lors de la lutte et des manifestations de 2016 contre la loi El Khomri, l’idéologie bourgeoise a réussi à détourner les parties les plus combatives du prolétariat, y inclus celles participant à cette mouvance et aux “ têtes de cortège ”, de tout intérêt politique et théorique réel, une variante de “ l’apolitisme ” qui profite tant au camp bourgeois, basé sur l’expérience du mouvement ouvrier et du communisme. Et lorsque ce n’est pas le cas, pour d’infimes minorités, elle a réussi à troquer la théorie révolutionnaire du prolétariat, à savoir le matérialisme historique (le marxisme), et son programme politique, le programme communiste, par des théories éclectiques et au langage radical qui mènent à l’impasse théorique (le confusionnisme et l’idéalisme) et sur le terrain politique bourgeois (l’assembléisme et le fétichisme démocratique du type Indignés d’Espagne ou Nuit debout de France) les militants qui y succombent.

Il ne s’agit pas là, nous l’avons déjà exprimé, d’adhérer à un dogme ou à une loi écrite, mais de se réapproprier de manière critique (par le débat et la confrontation) le programme communiste que les organisations communistes du passé ont développé et précisé avant nous, à commencer par Marx et la Ligue des communistes jusqu’à nos jours, et dont il nous appartient de reprendre (modestement et patiemment) le flambeau. Cela ne veut pas dire s’enfermer dans une tour d’ivoire et attendre que les masses prolétariennes soient en grève, dans la rue et en révolte (à partir de leur propre revendication de classe et non pour bloquer en soi un G20). Bien au contraire, ce travail de réappropriation et de clarification théorique et politique ne peut se faire qu’en lien étroit avec la réalité de la lutte des classes (quel qu’en soit le niveau et l’intensité) et donc, aussi, par l’intervention militante, aussi modeste et limitée puisse-t-elle être, comme moments et moyens de vérification de la théorie et des principes. C’est aussi comme cela, que les révolutionnaires regroupés dans les organisations communistes, cercle, groupe, ou parti, peuvent développer leur capacité pour s’orienter dans le feu même des événements, et surtout au milieu de l’ouragan révolutionnaire lorsque celui-ci se déclenche et qu’il faut adapter mots d’ordre et orientations de semaine en semaine, de jour en jour, voire parfois d’heure en heure, et surtout “ ne pas se tromper ” comme ce fut le cas, par exemple, avec la défaite sanglante à Berlin en janvier 1919 aux conséquences historiques dramatiques que l’humanité paie encore aujourd’hui de sa misère, de ses larmes et de son sang.

Or sans théorie révolutionnaire et fermeté des principes (les deux se nourrissant l’un l’autre), les révolutionnaires eux-mêmes, aussi “ radicaux puissent-ils s’afficher ”, ne peuvent que tomber dans tous les pièges que l’idéologie et les forces politiques bourgeoises leur tendront et leur tendent déjà au quotidien.

« Le signe distinctif de l’opportunisme, c’est d’abord l’hostilité à la " théorie ". C’est tout naturel, puisque notre " théorie " - c’est-à-dire les principes du socialisme scientifique - pose des limites très fermes à l’action pratique à la fois quant aux objectifs visés, aux moyens de lutte, et enfin au mode de lutte lui-même. Aussi ceux qui ne recherchent que les succès pratiques ont-ils tout naturellement tendance à réclamer la liberté de manœuvre, c’est-à-dire à séparer la pratique de la ’ théorie ’, à s’en rendre indépendants. » (Rosa Luxemburg, Réforme ou révolution ?, nous soulignons).

C’est le propre de l’activisme et de l’aventurisme gauchiste que d’ignorer “ notre théorie ” (pour ceux qui veulent se situer sur le terrain de la lutte prolétarienne) et ainsi “ franchir librement les limites très fermes à l’action pratique posées par la théorie révolutionnaire du prolétariat ”.

3) La lutte des classes comme méthode d’analyse et d’intervention

Le plus frappant dans les textes d’IL et de ces mouvements à coloration anarchiste ou anarchisante plus ou moins affichée est l’absence de référence à la lutte des classes réelle. Or la reconnaissance et la référence constante à la lutte des classes et la participation au combat historique du prolétariat, comme classe exploitée et révolutionnaire, sont le fil conducteur de toute activité révolutionnaire contre le capitalisme, la bourgeoisie et son État. « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » est un des principaux principes politiques du communisme qui définit, comme le dit plus haut Rosa Luxemburg, le champ et les moyens du combat de classe. Et qui y “ pose des limites ” dont l’une d’entre elles est le rejet de tout action de substitution de type activiste, putschiste ou aventuriste par une minorité quelle qu’elle soit à l’action même des prolétaires. Mais revenons à ton propre courrier.

Par exemple, tu parles de “ gauche radicale ”. Nous parlons de gauche communiste. Qu’entends-tu par “ gauche radicale ” ? “ Radicale ” ne se réfère à aucune notion de classe. Gauche communiste se base sur le prolétariat comme classe exploitée et révolutionnaire et sur le combat contre l’opportunisme et la dégénérescence de l’IC, puis contre le stalinisme au cours de la plus profonde des contre-révolutions.

Une plateforme avec les différentes tendances de “ gauche radicale ” ? Sauf si tu inclus les PC staliniens et les trotskistes ce que nous ne croyons pas, la formule et l’intention politiques sont particulièrement confuses (dans le premier cas, elle est très “ claire ” car ouvertement contre-révolutionnaire). Mais peut-être peux-tu nous éclairer afin que nous puissions la débattre ?

Nous ne comprenons pas bien pourquoi tu évoques une “ base extra-parlementariste ”. Qu’entends-tu dans ce terme ? La position communiste, c’est-à-dire de la Gauche communiste, sur la participation électorale est celle de l’abstention depuis la vague révolutionnaire 1917-1923. Sur la base de cette position aujourd’hui de principe, “ l’extra-parlementarisme ” ou l’abstentionnisme comme idéologie ou fétiche sont au mieux facteurs de confusion quand ils ne sont pas des pièges (cf. la campagne de caractère bourgeois sur l’abstentionnisme durant l’entre-deux tours des élections présidentielles françaises).

Un “ contre-pouvoir extraparlementaire ” ? Contre-pouvoir ? De qui ? De quoi ? Selon nous, l’expérience du mouvement ouvrier sur lequel nous basons nos positions et vérifions (essayons de vérifier) la validité des principes et de la théorie, enseigne qu’il ne peut exister qu’un seul contre-pouvoir : celui de la classe ouvrière dans la période qui prépare l’insurrection prolétarienne. En cela, l’expérience historique est venue confirmer la théorie développée par le matérialisme historique et concentrée en premier dans le Manifeste Communiste. Et l’expérience russe de 1917 nous a enseigné que le seul contre-pouvoir de classe qui puisse exister face à l’État capitaliste était celui des conseils ouvriers dans l’attente et la préparation de l’acte insurrectionnel.

Il est d’autres formules que tu utilises qui nous semblent pour le moins manquer de précision (“ disputer l’hégémonie à la classe dominante ”). Nous relevons aussi que la classe ouvrière, le prolétariat, classe exploitée et révolutionnaire, est absente de ta réflexion sur le “ contre-pouvoir ”, sur “ disputer l’hégémonie ”, etc. Il en est de même dans les textes d’IL qui parlent de “ gens ” et de “ peuple ”. Pour nous, pour la Gauche communiste, le prolétariat est au cœur de nos réflexions et de nos combats. Il est le sujet de la révolution : le principe cité précédemment sur “ l’émancipation des travailleurs... ” n’est pas qu’une formule abstraite ou éthique, voire “ démocratique ”. Elle est au cœur de la méthode théorique, politique, d’analyse et d’intervention dont le fil conducteur est la lutte des classes, que les communistes ne peuvent laisser de côté, ne serait-ce qu’un instant, au risque de perdre toute boussole. (…).

Voilà, cher camarade, notre première réaction à ton mail. Nous espérons sincèrement que tu accepteras de réfléchir et de discuter notre critique politique, de continuer de débattre et de confronter nos positions afin que nous puissions les clarifier et, si c’est possible, les rendre publiques. Nous sommes convaincus que l’approche politique que tu nous soumets est une question d’actualité et l’objet d’un combat politique et théorique entre les classes à l’orée d’une situation historique qui, de toute évidence, annonce de grandes confrontations entre celles-ci face à la crise et à la guerre dans lesquelles le capital précipite l’humanité toute entière. À ce titre, et loin de tout immédiatisme, c’est-à-dire de recherche de résultats ou de “ succès ” immédiats, nous sommes convaincus que nos débats en apparence entre quelques militants plus ou moins isolés, sont d’une importance historique cruciale.

Fraternellement, le GIGC, 15 juillet 2017.

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Notes:

[4. Ne serait-ce que pour essayer de se protéger de l’infiltration policière ce qui déjà, en soi, la désarme politiquement et… favorise précisément cette infiltration, mais c’est là une autre question d’ordre secondaire...

[5. Nous n’aborderons pas ici l’appel d’IL à participer aux manifestations anti-G20 d’Hambourg.

[7. « Réforme ou révolution ? J’ai envie de dire - qu’on ne m’accuse pas de démagogie, ce serait facile dans ce congrès - oui, révolution. Et je voudrais tout de suite préciser, parce que je ne veux pas mentir à ma pensée profonde, que pour moi, sans jouer sur les mots, la lutte de chaque jour pour la réforme catégorique des structures peut être de nature révolutionnaire. Mais ce que je viens de dire pourrait être un alibi si je n’ajoutais pas une deuxième phrase : violente ou pacifique, la révolution c’est d’abord une rupture. Celui qui n’accepte pas la rupture - la méthode, cela passe ensuite -, celui qui ne consent pas à la rupture avec l’ordre établi, politique, cela va de soi, c’est secondaire..., avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste. (…) Je voudrais que nous soyons disposés à considérer que la transformation de notre société ne commence pas avec la prise du pouvoir, elle commence d’abord avec la prise de conscience de nous-mêmes et la prise de conscience des masses. Mais il faut aussi passer par la conquête du pouvoir.  » (Discours de Mitterand au congrès d’Epinay du Parti socialiste, 1971, http://miroirs.ironie.org/socialisme/www.psinfo.net/entretiens/mitterrand/epinay.html).

[8. La seule référence et revendication par rapport à l’histoire du mouvement ouvrier que nous ayons trouvée dans les textes d’IL est précisément celle de l’action putschiste catastrophique de 1923 à Hambourg lancée par l’Internationale communiste déjà dégénérescente et par le KPD (le parti communiste allemand)…

[9. Tout particulièrement en Allemagne au début des années 1920.